THAILANDE-LAOS

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Les itinéraires sont en route, patience svp!

Par ailleurs comme nous fonctionnons toujpours à la carte, sur demande et en comité restreint, n’ésitez pas à nous contacter, nous construirons votre circuit rien que pour vous!

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Petite introduction à cette région, extrait de mes carnets de route:

Bangkok fin 2545, calendrier bouddhiste.

12 janvier, journée des enfants en Thailande ; tout est gratuit pour eux, restos, spectacles, cinés, promenades à vélo ou éléphant, casernes portes ouvertes, manèges, ballons, jeux, les flics distribuent des glaces ; tout le pays honore ses gamins, dans la bonne humeur générale.
 Ce soir combat de boxe Thaïe ; l’ancien champion travesti de Chiang Maï ne combat plus, il s’est fait opérer et elle a ouvert un resto. Un regard sur la télé : rien de passionnant, infos (les malfaisants sont montrés menottés et honteux), comédies locales, encore des travelos, mais pas de films violents américains. Principalement des programmes Thaïs, même pas de news en anglais dans ce pays hyper visité (affirmation d’indépendance?) et la télé n’est pas assez intéressante pour qu’on s’y attarde. Aux infos, accidents de la route, victimes ensanglantées interrogées sur leur brancard, tout penauds, dissuasif. Entre deux pubs, un petit flash sur une prison, prisonniers enchaînés, assez dissuasif. Pas de pub pour les junk foods ou cocas, et à la fin des news, les deux présentatrices font un gracieux waï de salutation, les mains jointes sur le front en saluant bien bas.

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Chiang Maï – Chiang Raï en bus.

Consternation, deux couples de Français bas de gamme dans le car! L’un des couples en guerre larvée ; piques, sous-entendus, grossièretés ; une brillante démonstration de vulgarité, doublée d’une leçon de célibat et des mille et une manières d’aggraver une situation déjà guère reluisante. « Elle a un beau petit cul, l’hôtesse du car », je sens l’épouse sur le retour se raidir à ce commentaire spirituel. Monsieur a préféré s’asseoir près d’un garçon Thai plutôt qu’à côté de sa légitime, qui semble la tête pensante de cette lamentable association. Lui : « c’est comment qu’çà s’appelle le patelin où qu’on va ? C’est long ? » Elle : « Chiang Raï, 3 heures ». Après 1h30, arrêt repas toilettes dans une halte routière. « Ca y’est? on est arrivés ? » « Ben chais pas, demande ! » « Mais y parlent même pas français ces bêtes-là ! » Après l’arrêt, commentaires prolongés sur la bouffe « c’était bon hein ces petites boulettes » « Oh ben oui, du poulet, et pas trop gras » « C’est quand même un beau pays hein ? » « Et c’était pas cher les boulettes hein ? »

Le soir au Night Bazar, il y en a un arrivage tout frais, de ces blaireaux, qu’un chèque a catapulté par hasard dans le Triangle d’Or, sans aucun apprêt sur leur surface mal dégrossie. Monsieur s’adresse à la vendeuse de tissus : « Et toi, c’est combien ? » Rires gras, tandis que les rébarbatives qui leur servent de compagnes examinent d’un oeil d’huissier les soieries et autres babioles, inspectant tout çà de l’air réprobateur qu’elles arboraient la veille devant les camemberts de leur Intermarché local.

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La Thaïlande et ses plaisirs faciles est une destination de célibataires, ces couples sur le retour risquent de s’y briser, eux qui ne tiennent que par la force de l’habitude, la résignation et la terreur de la solitude ; juste le fait d’être attendu le soir par quelque chose, même un animal domestique, afin d’échapper à la vacuité de leur existence. Rien ne peut justifier un tel carcan, une telle veule compromission. J’espère que cette pauvre femme empoisonne son mari à petites doses de mort aux rats.

17 Janvier 2002, 06 heures, Chiang Raï – Chiang Khong, en bus vers la frontière du Laos, sur le Mékong. 
Bus local, pas un touriste. La vie suit un parcours tortueux, fort heureusement! la ligne droite est trop monotone. Même les arrêts de bus en bois, en pleine brousse, sont artistiques, surélevés pour la pluie et les serpents, un toit de pagode à plusieurs angles, et des bancs en teck. Ce trajet en bus public est une promenade, rythme tranquille, c’est pas la course ; les passagers, relax, bavardent ou dorment, le chauffeur s’arrête complaisamment à chaque requête, ni musique ni vidéo, tranquille. Le contrôleur n’ose pas réveiller mon voisin, ça pourra bien attendre. 
La plupart des villages traversés ne comportent que des maisons en teck sur pilotis, confortables et entourées de verdure et fleurs, bougainvillées, cocotiers, bananiers, manguiers, ananas. La prohibition ici concerne les coupes de bois, et les casinos (on file donc au Laos et Myanmar pour le bois, Cambodge pour le jeu). Les rares bâtiments laids sont les stations-services des multinationales, carrés de béton peints dans un souci d’économie rationnelle et de visibilité. L’architecture locale n’aime pas l’angle droit ou trop aigu ; les pointes sont souvent rehaussées d’un arrondi ou chantournées. Depuis un an ou deux, sous la pression des écolos, mesure radicale : interdit de couper un arbre en Thaïlande, 35000 personnes réduites au chômage ou à la contrebande de bois avec les pays voisins plus pauvres, qui déboisent à tour de bras, vu l’accroissement de la demande. Espérons que le gouvernement reviendra à une gestion raisonnable de ses forêts, car sur l’autre berge du Mékong, le Laos se désertifie.

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Moins d’1 € le litre de super, servi avec le sourire dans des stations modernes, ouvertes 24/24, avec leur supérette, sans vitre ou guérite pare-balles ; le bouddhisme prévalant prône la non-violence et interdit le meurtre. 
Le prix dérisoire des carburants explique la rareté des camions (qui ne roulent que de nuit) ; la plupart des produits sont acheminés par voie maritime, le marché intérieur est alimenté par le train, le fleuve et les nombreux pickups japonais rutilants, qui peuvent livrer à flux tendu les quantités requises dans les villages les plus reculés, vu la qualité du réseau routier. Prix généralement bas, car TVA à 7%, même sur les produits de luxe.

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Reco solo en moto dans le triangle d’or, villages de réfugiés Chinois du Kuo Min Tang ; village ‘tribal’ au bout d’une petite route de montagne, mariage local, accueil chaleureux et alcoolisé, repas, invitation à dormir sur place. Dans la corbeille des mariés, chacun glisse une enveloppe avec quelques billets et prend un lien de coton blanc dont il entoure les poignets joints des jeunes époux. J’y ajoute une vieille photo de la reine, cadeau d’un photographe de Chiang Maï. Tout le village est pété à cette fête, mais sans violence ni agressivité, mes voisins m’abreuvent et m’offrent respectueusement des cigarettes. J’ai bien du mal à m’extraire, en titubant quelque peu sur ma bécane. Réveillé à 3 heures du mat par un Américain ivre qui s’est trompé de chambre, coincé sa clé dans ma serrure, je reste cool. Au matin cet ivrogne me paye le breakfast pour s’excuser, tandis qu’il attaque en tremblant sa première bière. Ce brave gars tout bouffi par l’alcool, paupières gonflées, oeil rouge et cheveux gris, n’a pas 40 ans et il ressemble déjà à Orson Wells. Ancien technicien à Hollywood, il habite depuis deux ans Mae Saï, à la frontière Birmane. Il est descendu ici pour voir le magistrat, suite à une perquisition chez lui. Ce qui l’a choqué, c’est que les flics ne se sont même pas déchaussés pour entrer chez lui ! Manque de respect inconcevable ici.

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Même les poubelles sont esthétiques ici, outres ventrues en caoutchouc noir, posées devant les maisons, sur des trépieds anti-chiens. Il est vrai que même les plaques de rues sont ouvragées et ornées de bas-reliefs polychromes. Même l’extérieur des commissariats et des prisons est fleuri. Je sais, l’intérieur ne l’est sans doute pas. Et ces temples dorés, dans le moindre village, jolis sans être criards, comme les chromos hindous. Rien d’étonnant à ce que l’on trouve dans la jolie région de Chiang Maï beaucoup de croix ; pas mal de missions et écoles chrétiennes par ici, même les adventistes et autres sectes se sont implantés, les Thaïs sont bien tolérants. Pourquoi ces missionnaires doivent-ils afficher leur marque avant de « faire le bien »? Aider pour aider ne leur suffit pas, il leur faut convertir et recruter, et comme ils ont affaire à des gens pas contrariants, ça peut marcher. Un précepte Bouddhiste affiché au pied du Chedi géant de Chiang Maï rappelle que celui qui fait le bien pour gagner des mérites ne fait pas le bien.
 Dans le bus, je me tourne vers ma charmante voisine, échange de sourires sans malice; ici personne ne répondra au sourire d’un inconnu par « on se connaît ? » ou « tu veux ma photo ? ».
 Albert Schweitzer, brave homme de dieu tâchant d’aider les Africains, et grand organiste, répondait à une question sur la civilisation « c’est un concept intéressant, il serait temps de l’inventer ».  Je me demande s’il était venu en Asie bouddhiste non colonisée, par exemple le Siam, où on avait certes coupé la tête du premier émissaire Français en guise de fin de non recevoir à l’idée d’une colonisation. 
Et quelle propreté! Partout du linge étendu, dans la moindre guest house à 10€, on me change draps et serviettes chaque jour, quel contraste avec l’Inde! Une partie de la population essore les touristes, l’autre le linge, une autre la drogue, d’autres encore blanchissent tout ça ; les puissants prennent leur commission pour fermer les yeux, ou organisent activement le marché parallèle, dans un ensemble plutôt harmonieux.
 Et le klaxon! En Inde un klaxon muet constitue une panne majeure, avec arrêt immédiat pour réparation ; ici non, c’est calme, le chauffeur de bus donne deux petits coups discrets d’avertisseur lorsqu’il approche d’un de ces arrêts propices à la sieste, au cas où un patient se serait endormi. Chacun reste tranquille dans son coin, plongé dans une sorte de méditation paisible, répondant aux sourires, mais sans tenter de s’imposer. Très peu parlent anglais, hormis dans les centres touristiques ; un jeune stagiaire d’agence touristique s’excuse de son mauvais anglais : « Nous n’avons jamais été colonisés, donc pas d’opportunité pour apprendre une langue étrangère, comme chez nos voisins ».

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En plus du Bouddhisme Teravada, l’approche de la vie est marquée par le concept du « sanuk », ce doit être amusant, sinon pourquoi le faire? Même chez celles et ceux louant leurs corps, hormis celles venant des régions pauvres du nord-est ou de Birmanie, la majorité se tourne vers cette activité par choix : 52% pour gagner de l’argent facile, 35% pour avoir un boulot libre, sans horaire fixe et contrainte, 20% pour l’expérience et 15% pour le plaisir (plusieurs réponses possibles, étude sur les prostituées de Chiang Maï). Le gain monétaire a deux aspects, d’un côté on donne de l’argent à la famille, de l’autre on s’enrichit, gadgets, fringues, portables et autres futilités. Donc les « touristes sexuels » honnis en Occident, semblent relativement bien perçus et acceptés, y compris dans les familles de leur dulcinée, de même que les couples mixtes à plus ou moins long terme, dans la mesure où ils contribuent au mieux-être matériel, et parfois affectif, d’une bonne partie de la population. Les filles Thaïes déclarent souvent qu’elles préfèrent épouser un farang riche et ennuyeux plutôt qu’un Thaï pauvre qui les trompe et les bat.

Chiang Khong, 17 janvier ; petite ville frontière au bord du Mékong, fermé à la navigation pour 3 jours : meeting intergouvernemental au Laos en face, dans le cadre de la lutte contre le trafic d’opium et d’amphétamines depuis le triangle d’or.
Balade d’une journée en moto dans les montagnes du coin, villages proprets ; sur le chemin du retour, l’épicière qui me vend un peu d’essence m’abjure de ne pas emprunter la piste que j’envisageais, pour cause d’attaques meurtrières de bandits de grand chemin la semaine dernière, quel pays de rêve, même des westerns gratuits !

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19 janvier, le Laos, enfin! 
Traversée du Mékong en pirogue, Houay Xay, porte frontière de l’Indochine. Formalités de douane rapides et souriantes, bled sympa et dénué des gadgets Thaïs, nous voici en territoire communiste, mais pas forcené. Petit déj à l’embarcadère, café au lait, baguette beurrée! Descente du Mékong, entassés à 25 dans une barcasse à moteur, suivie de 2 autres barques de 15 mètres. L’itinéraire est populaire chez les « backpackers », 2 jours de navigation pour Luang Prabang. 7 heures pour Pakbeng. Je décide d’arrêter ici ma « croisière » parmi les blancs, et le lendemain j’embarque sur un camion pour Oudomxay, 5 heures de « route » pour 135km. Thierry, photographe et chauffeur de limousine Parisien, se joint à moi pour cette étape, et nous voici enfin dans le vif du sujet. Oudomxay, gros bourg reconstruit après avoir été rasé par les B52 Américains durant la guerre secrète, correspondance en taxi-brousse pour Pakmeng, 3 heures, puis 1 heure de tuk-tuk pour Nong Khiaw, sur la rivière Nam Hou. Ce village hors du temps, de part et d’autre de la rivière, est relié par un pont moderne et vide de véhicules. Nous sommes le 20 janvier ; ici, le jour de l’an joue les prolongations, et tout le village est dans la rue jusqu’à 2/3 heures du matin. Tout ce joyeux monde est imbibé de whisky Lao, beer Lao et fumette, mais aucune agressivité, et accueillants, doux et ouverts! adorables! 
Comment les Américains ont-ils pu massacrer ces gens si paisibles pendant 9 ans (1964 à 1973), alors que le pays était neutre?! Le PC local, le Pathet Lao, soutenait le Viet Cong, donc les B52 lâchaient leurs bombes sur la piste Hoh Chi Minh en rentrant du Vietnam. 2 millions de tonnes de bombes, ils ont reçu en cadeau, plus que le total de la deuxième guerre mondiale, guerre tenue secrète par Washington jusqu’en 1969, malgré leurs 177 missions par jour, un décollage toutes les trente secondes depuis la base secrète de la plaine des Jarres ! « l’autre théâtre des opérations », qu’ils appelaient ça ! Les villageois se terraient dans des grottes ; un pilote a réussi le glorieux fait d’armes de larguer une bombe au phosphore dans l’une d’elles : 400 morts, principalement femmes, enfants et vieillards, brûlés vifs par l’oncle Sam. Pas étonnant qu’il n’y ait que 5,5 millions d’habitants au Laos. Mais, par un miracle de résilience et de sérénité, ces paysans qui ne voyaient pas leurs assassins du ciel, devaient conserver leur philosophie bouddhiste : « ha, ben v’là qui pleut encore des bombes aujourd’hui, mieux vaut s’abriter, on repiquera le riz de nuit ». 9 ans comme ça, et voilà qu’ils fabriquent et vendent du coca ! Pas rancuniers ces braves gens.

Luang Prabang, 25 janvier. 
Breakfast face à la maisonnette française qui abrite le bureau de l’immigration et des étrangers. Crépi gris, grille coulissante entrouverte ; l’uniforme du bas, mains dans les poches, reste cinq minutes dans l’entrebâillement, il regarde la bourgade (16000 habitants) qui s’éveille ; à l’étage son chef fait de même depuis son balcon. Sans se voir, tous deux semblent un peu dépités de se retrouver mis en boîte, réduits à cette petite fonction, tandis que leurs compatriotes des campagnes semblent si épanouis. Ils sont trois à présent, dans l’entrebâillement sur la rue, sur la vie ; tous trois les mains dans les poches, exultant un ennui insondable, une résignation benoîte, ils attendent le « client » qui devrait être accueilli avec soulagement et un large sourire. Vite quitter cet hôtel aux prétentions internationales où je me suis fourvoyé en arrivant de la brousse. Le personnel est gentil et souriant, mais le prix des chambres (18 $) est exorbitant par rapport à leurs salaires, l’équivalent d’un mois pour le jeune réceptionniste tout sourire à qui j’offre un jeu de cordes pour sa guitare délabrée.

26 janvier, balade en moto jusqu’aux chutes d’eau ; les seuls véhicules de luxe sont les Toyota neufs des ONG, qu’on voit bien souvent dans les lieux touristiques et devant les discothèques, comme en Afrique… A la sortie de la ville, quel est ce magnifique resort tout neuf, entouré de murs ? Ah bon, c’est le nouveau Village d’Enfants SOS. Les Laotiens alentour vivent dans leurs simples maisons de bois et se lavent au ruisseau, mais les blancs qui font le bien ont cru devoir construire un palace (pour leur confort ?) pour abriter les orphelins. Encore une aberration de ces braves gens qui ne peuvent imaginer de s’adapter aux conditions locales, et doivent imposer leurs standards culturels.

Je passe chaque jour des heures avec les moines et novices de plusieurs monastères, qui fournissent éducation et logement gratuits aux garçons des campagnes reculées. Remarquable organisation souple, et chef d’œuvre d’autodiscipline ; pas de surveillant, d’horaire strict ou de couvre-feu ; ils m’invitent dans leurs chambres d’étudiants, décorées de posters et parfois agrémentées d’un poste K7 ; certains fument quelques cigarettes, et c’est d’ailleurs le premier endroit où je vois des abbés la clope au bec dans le monastère, dans un curieux mélange prolo communiste-moine bouddhiste. Mais dans l’ensemble il se dégage une harmonie studieuse et une douceur de vivre superbe. Les novices et moines sortent en ville, mais n’ont pas le droit de s’attabler aux terrasses, de manger dans la rue, de faire du vélo ou de monter sur une moto. La population leur fournit chaque matin leur unique repas au cours de leur tournée des aumônes en ville. Un coup de gong à 6 heures, 5 heures l’été, et tout le monastère se met en route, robes safran dans les brumes matinales, pieds nus, ils avancent à pas feutrés et rapides, chacun portant son bol à aumône en bandoulière, l’abbé ouvre la marche, suivi de toute la troupe en ordre décroissant d’âge, les petits derniers ont à peine douze ans, ils trottinent pour récupérer ce qui reste. Les fidèles, femmes agenouillées devant les temples, leur tendent silencieusement des boulettes de riz collant enveloppées d’une feuille de bananier, et la procession continue en silence, croisant en route d’autres monastères en vadrouille. Celui qui n’a pas entendu le gong matinal se passera de nourriture jusqu’au lendemain ; en théorie, car en pratique ils ont souvent un peu d’argent pour pallier à ces menus désagréments, l’idée est d’avoir mangé avant midi. 
Deux novices m’accompagnent pour une après-midi baignade à la rivière.

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Samedi soir à Luang Prabang ; pas un cri, pas un coup de klaxon, les quelques véhicules, surtout des mobs, roulent benoîtement à moins de trente km/h, souvent à deux ou trois de front, parfois en tenant une ombrelle ; on se promène en bavardant, les ramblas de Barcelone en sourdine, au ralenti, comme en rêve ; le mot macho ne doit pas exister en laotien.
Les colons Français disaient « les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser, et les Laotiens l’écoutent pousser » ; cela reste assez vrai, ces gens ont tout le temps, ils passent des heures, assis devant leurs cabanes, à tresser des paniers, ravauder leurs filets ; les garçons partent à la pêche avec leurs remarquables arbalètes, les filles vont creuser dans les champs pour collecter les crabes de sol qui agrémenteront l’ordinaire, au risque de sauter sur l’une des milliers de mines encore enterrées un peu partout. Les femmes récoltent de longs écheveaux d’algues sur le Mékong, elles les sèchent au soleil sur des claies, les assaisonnent et les enroulent comme de grandes galettes vertes épicées, qu’elles iront vendre au marché.
Ils ont inventé le ballon increvable en rotin tressé, on y joue comme au volley, mais avec le pied et la tête. 
20 heures, je suis invité à la fête d’un monastère, qui dure trois jours et trois nuits. Les femmes du quartier préparent le repas de fête, d’autres prient en échangeant des commérages, certains moines regardent la télé dans la cour, quelques cigarettes circulent, ambiance décontractée. Les moinillons déambulent dans les rues mais ne s’attardent pas dans les lieux publics, ce serait contraire à la règle qui leur enjoint de se comporter avec discrétion et respect vis-à-vis de la population qui les nourrit. Ils rendent visite aux autres novices qui logent dans l’un ou l’autre des trente monastères de la ville ; ils peuvent s’ils le souhaitent y dormir sans prévenir personne, à certaines périodes.

Rencontré un ancien passager de Namibie, en circuit Nouvelles frontières dans la région ; thème ‘les minorités ethniques du Nord-Laos’… Tout devient trop accessible.
 27 janvier, tombé du lit à 6 heures, je vais voir le défilé matinal des moines ; certains me reconnaissent et me gratifient d’un clin d’oeil souriant et furtif. Rien d’apprêté pour les touristes dans ce spectacle de chaque matin ; je ne prends pas de photos, idem en traversant un autre temple en fête ; les fidèles après avoir fait leur offrande aux moines se regroupent autour d’un feu dans la cour, au pied du stupa. Accroupis tout autour, et riant déjà, ils font réchauffer, au bout de longues perches de bambou, des pâtés de riz collant qu’ils ont modelés ; voici encore une superbe photo que je ne prendrai pas, ce serait incongru. Il se dégage de tout cela un sens de communauté remarquable. Je sais que si je m’approche je serai accueilli, mais sans effusion particulière. Un touriste matinal âgé s’approche, appareil en main, il prend une photo ; aucune réaction de rejet, juste un temps de silence, qui marque qu’il aurait pu s’abstenir ; ses cheveux blancs le préservent des remontrances, ici l’âge inspire le respect.
 Au café, deux radasses Israéliennes, sac à dos, ventre à l’air exhibant leur piercing au nombril, commencent leur journée par leur ritournelle rituelle « Eskiuze mi, haou much iz fried eggs ? » (8f avec baguette beurrée, c’est marqué devant leur nez), ensuite elles reviennent à la charge « do you have boiled eggs » « no », « scrambled eggs ? » « no » répond la gargotière qui commence à se crisper ; les deux radasses empoignent leurs sacs à dos et vont se faire pendre ailleurs, pas plus d’au revoir que de bonjour. Un backpacker Allemand tout ému me montre l’oiseau qu’il vient d’acheter au marché pour le libérer en priant pour sa longue vie, ici ils les mangent, ces oiseaux rares selon lui. On arrive ici à un fait remarquable : même une partie des touristes arrivent à dire bonjour à des gens qu’ils ne connaissent pas. En règle générale ils feignent de s’ignorer s’ils n’appartiennent pas au même groupe, comme pour prétendre baigner seuls dans l’authentique (comment, voulez-vous bien disparaître de Mon Inde !). Ils réservent leurs salamalecs et sourires aux indigènes, mais leurs guides omettent de leur suggérer d’étendre ces politesses à tous ceux qu’ils croisent, sans distinction d’exotisme.

ITINERAIRE INDICATIF (option sans moto)

Bangkok – Chiang Mai en train couchette, 2 nuits à Chiang Mai, direction le Triangle d’Or, par les petites routes de montagne, puis Chiang Khong, village far west au bord du Mékong. Entrée au Laos en barque à Houexay, descente du Mékong en bateau jusqu’à Pakbeng, remontée en camion-brousse vers les villages du nord, tribus Hmong, Oudonxay, Nong Khiaw, Muang Ngoi, petits villages perdus au bord de la Nam Hou, balades, baignades, grottes, accueil chaleureux et souriant, logement rustique chez l’habitant ou en auberge très simple (y’a pas autre chose dans ces coins àl’électricite hasardeuse), descente sur Luang Prabang par la rivière Nam Hou (5 heures) ou camion-brousse (3 heures). 

Luang Prabang, l’ancienne capitale, est une charmante bourgade de 16000 habitants calmes et souriants, pas pressés, pas stressés.  Les rives du Mékong, des arbres partout, une trentaine de temples superbes où les novices et moines sont tous contents de pratiquer l’anglais et de vous faire découvrir leur ville, partager quelques instants de leur vue studieuse mais pas trop soucieuse.   Terrasses de cafés, restaurants locaux et français, baguettes, La Poste.  Une préfecture du 19ème siècle, avec l’accueil et le charme en plus.

Descente en car sur Wan Wieng, à mi-chemin de Vientiane, petit village relax au bord du Mékong. Vientiane, la capitale pas trop sérieuse.  Car et train pour Bangkok et vol pour Paris ou prolongation possible en Thailande du sud, ou Cambodge.

contact : aventuremoto@yahoo.com

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